Les Picodons du Plagnal

 

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Notre aventure au Plagnal a commencé vers la fin des années 80.

Depuis, nous avons fait un bon bout de chemin, avec pour devise : hisser nos Picodons AOC parmi les meilleurs.


Article du 29 juillet 1998

Les picodons du Plagnal

montent en grade

SAINT-PIERRE-SUR-DOUX. Quand on veut bénéficier de l'appellation d'origine contrôlée, il faut se préparer à un véritable parcours du combattant.

A

quelques kilomètres du centre bourg, cachée au fin fond de la montagne ardéchoise, au milieu des genêts et des châtaigniers, se niche la ferme du Plagnal, tenue depuis 12 ans par René et Eliane Huchet, en compagnie de leurs 2 enfants.

Cette charmante famille franco-suisse avait quitté Genève dans l'espoir de trouver en ces montagnes vivaroises une vie plus saine, plus simple, bref, plus proche de la nature. Le changement fut radical !

N'ayant que peu de notions du travail de la terre et encore moins de celui des chèvres, les premières années furent pénibles et laborieuses. Mais nos citadins ne se sont point découragés et se retrouvent, quelque 150 lunes et 48 saisons plus tard, à la tête d'un troupeau de 40 chèvres et d'une petite fromagerie artisanale produisant près d'une centaine de picodons par jour. Des fromages désormais classés en A.O.C. ! L'occasion de se réjouir en mesurant avec philosophie le chemin parcouru.

René et Eliane, lorsqu'il vous arrive de jeter un coup d'oil en arrière, vous devez certainement apprécier les changements qui sont intervenus depuis votre installation ?

Certainement. Quand on pense qu'au début, nous n'avions pas même l'électricité et qu'il fallait s'éclairer à la bougie ! Pour  seul moyen de locomotion, nous n'avions qu'une jument tractant charrette. Les bêtes, qu'innocemment nous avions achetées en toute confiance, étaient malades et mourraient les unes après les autres. Nous vivions en autarcie complète, produisant nous-mêmes le pain, le beurre, les légumes et la volaille.

Et quand l'aventure du picodon a-t-elle commencé ?

Nous avons débuté la fabrication des fromages de chèvres dès la deuxième année. Quant à avoir si c'étaient des picodons, c'était sans doute prématuré ! En fait, nous avons appris sur le tas. Qu'est-ce qu'on a pu en rater (toute la famille part d'un grand éclat de rire) ! Trop ceci, pas assez cela. Toujours est-il que c'est à force de se tromper que nous avons appris et que nous nous sommes améliorés.

Une décennie plus tard, vous bénéficiez du label A.O.C. Les contraintes imposées ont-elles été faciles à satisfaire ?

Il est vrai que n'est pas membre de l'Association de Défense et de Promotion du Picodon Drôme-Ardèche qui veut. Il faut respecter certaines règles et contraintes dont le but n'est pas d'empêcher le fermier de faire son travail, mais bien au contraire d'encourager la qualité la meilleure dans le respect de la tradition artisanale.

Et quelles sont donc ces règles qui régissent la fabrication du Picodon A.O.C. ?

Il faut, par exemple, que les chèvres soient nourries de fourrage ou de céréales provenant essentiellement de Drôme ou d'Ardèche ou encore qu'elles sortent pâturer au soleil dès que le temps le permet. Pour avoir droit à l'appellation « Picodon », le fromage doit contenir au moins 45% de matières grasses, avoir été moulé à la louche dans des faisselles à bords arrondis et percées de trous. Les phases d'égouttage et d'affinage sont elles aussi strictement réglementées. Et ce n'est qu'au bout de 14 jours, lorsqu'il a la forme d'un palet de 5 à 7 cm de diamètre et 1 à 3 cm de haut, que le « Picodon » a enfin droit à son appellation d'origine contrôlée.

On le voit, tout ce qui concerne le processus de fabrication du fromage est très suivi. Mais qu'en est-il des installations de la ferme ?

Les contrôles sont là aussi très rigoureux. L'appellation A.O.C. n'est délivrée que si toutes les installations ont au préalable été jugées par le Service Vétérinaire conformes aux sévères normes d'hygiène. La mise en conformité est coûteuse. En ce qui nous concerne, l'aménagement de la source, de l'écurie et de la fromagerie représentent un investissement de 120 000 francs. Il nous a fallu, par exemple, repenser entièrement l'écurie en installant un quai de traite automatisé doublé d'un parcours fonctionnel. Et ce n'est pas fini ; bien des choses restent à faire. Ce n'est pas évident et c'est pour cela que beaucoup de nos confrères n'ont d'autre choix que d'arrêter. Rien que les différentes analyses d'eau à faire effectuer 3 fois par an et les 2 autocontrôles annuels obligatoires du lait et des fromages représentent un gros effort financier. Il nous a fallu débourser à peu près 1 000 francs pour faire analyser 5 fromages afin qu'on y vérifie entre autre l'absence de salmonellose et de lystéria. Sans compter les contrôles surprise. Toutes ces charges financières justifient en fin de compte le prix de chaque fromage.

Vous bénéficiez pourtant de subventions.

Oui, heureusement, mais il faut avoir les moyens d'avancer les sommes parfois importantes et les aides sont largement insuffisantes par rapport aux exigences européennes qui n'arrêtent pas d'augmenter. Mais il est vrai aussi que c'est pour nous bien plus agréable de travailler dans de meilleures conditions et que pour le consommateur c'est l'assurance d'une qualité sans reproches. Toutefois, c'est très dur financièrement. D'ici à l'an 2002, d'autres aménagement coûteux vont être rendus obligatoires et seront bien sûr à la charge des producteurs.

Un troupeau de 40 bêtes, est-ce suffisant pour s'en sortir ?

Il faut dire que nous avons entièrement renouvelé notre cheptel en début d'année et que nous avons choisi une race réputée tant pour la qualité que pour la quantité de lait produit. De plus, notre troupeau est un des rares du département à ne pas être touché par le C.A.E.V., une maladie qui détruit les défenses immunitaires de l'animal, un peu à la manière du Sida.

Chaque chèvre donne en moyenne 3 litres de lait par jour, mais cela dépend bien sûr des saisons. En ce moment, nous produisons quelque 3 000 fromages

par mois. Du fait du label A.O.C., nous avons le droit de vendre 30% de la production à des détaillants, commerçants ou restaurateurs. Les 70% restants sont vendus soit sur place à la ferme, soit sur les marchés dans un rayon de 100 km.

Actuellement, on peut nous trouver le mardi à Tence et le mercredi au Chambon-sur-Lignon ou tous les jours ici au Plagnal. Pour des raisons liées aux contraintes du travail de la ferme, il nous a fallu instaurer des horaires où nous pouvions recevoir les clients, à savoir de 8 heures à 12 heures et de 16 heures à 19 heures.

Tous comptes faits, vous n'avez aucun regret d'avoir participé à la grande aventure du Picodon ?

Sûrement pas ! Comme dans tout ce qu'on entreprend, notre but est de toujours nous améliorer afin de sortir un produit de qualité qui ait un bon rapport qualité-prix. D'ailleurs le client ne s'y trompe pas et il en vient de loin pour apprécier nos Picodons. 

Propos recueillis par

Philippe ANDRÉ ¢

 

Notre travail a par ailleurs retenu l'attention de la presse régionale. Le dauphiné Libéré nous a consacrés deux articles au cours de ces dernières années.

 

 

  

 

Article du 7 avril 2003

Les aventuriers du Picodon

SAINT-PIERRE-SUR-DOUX. À la ferme du Plagnal, l'aventure du picodon commence cahin-caha, il y a une quinzaine d'années. Après une labellisation AOC, la petite entreprise familiale doit maintenant satisfaire une demande toujours croissante

D

'aucun, il y a quelques décennies déjà, conjuguait monts d'Ardèche et fromage de chèvres. Un peu à l'écart des grandes agitations de la civilisation, l'Ardèche verte savait, et sait encore, prendre le temps de vivre aux rythmes de ses saisons. Rude et simple, parfois, mais naturelle et vraie, toujours !

Nichée sur une hauteur, au beau milieu de genêts et châtaigniers, à quelques encablures de la bourgade nord-ardéchoise de Saint-Pierre-sur-Doux, la ferme de René et Eliane Huchet abrite un élevage de chèvres remarquable. S'il n'est pas bien rare de rencontrer des troupeaux de chèvres dans ces contrées, les Huchet ont réussi le tour de force de hisser leur exploitation au rang des meilleures de Drôme-Ardèche.

L'obtention du label « Picodon AOC » ne s'est pas faite sans sacrifices ni remises en questions. Outre les mises en conformités et les incontournables aménagements immobiliers et matériels, les chevriers du Plagnal avaient décidé de renouveler entièrement leur cheptel en optant pour des races montagnardes croisées, robustes et réputées pour la qualité de leur lait. Strict et sans appel, le cahier des charges mis en place par l'association de défense et de promotion du Picodon Drôme-Ardèche, préconise que les chèvres doivent se nourrir essentiellement de fourrages ou de céréales produits sur place.

A la ferme du Plagnal, on respecte les cycles naturels dans les moindres détails. Des saillies aux mises bas, en passant par les soins quotidiens, tout est proche de la nature : « Nous attachons une grande importance au respect des rythmes et besoins naturels. A commencer par une alimentation diversifiée. La bête sait d'elle-même aller chercher la nourriture qui lui convient. D'ailleurs c'est bien meilleur pour son moral ainsi que pour la qualité du lait et donc des fromages. » Dès que le temps le permet, les chèvres sortent pour pâturer pleinement au soleil. Car la saveur du fromage est fonction de la nourriture du troupeau.

Pour obtenir ces petits palets de fromage, que d'heures de travail et de patience ! Au Plagnal, la journée commence à 5 heures du matin. Après un bref petit-déjeuner, alors que madame se prépare à la traite des chèvres, monsieur rejoint la fromagerie. « Pendant deux heures, j'y retourne sur leurs claies les fromages en cours d'affinage et ceux qui sont encore au séchage, avant de faire de la place pour les plus frais qui vont quitter le stade de l'égouttage en faisselle. »

De son côté, à l'étable, Eliane Huchet installe chaque chèvre sur le quai de traite et lui distribue une ration de céréales. En cours de traite, il faut procéder au nettoyage de la machine à traire et du nourrisseur à chevreaux que l'on nomme la « louve ». Après la distribution du fourrage aux animaux et le renouvellement de leurs litières, selon la saison, les caprins font une sortie au pâturage. Entre-temps, après une petite pause café, René Huchet s'affaire autour de la traite du matin pour l'emprésurer sans perdre de temps et façonner le caillé.

L'après-midi, on échange les rôles. Pendant que le maître des lieux emmène pâturer le troupeau, la patronne reste à la ferme pour assurer l'accueil de la clientèle et la vente sur place des fromages. Au retour des chèvres, il faudra procéder à la traite du soir, au caillage du lait et à l'égouttage des faisselles. « A côté de cela, en plus des activités directement liées aux chèvres et à la fromagerie, il faut aussi gérer les menus travaux inhérents à toute ferme, l'entretien du potager ou le débroussaillage et l'entretien des prairies. De plus, les pouvoirs publics nous incitent à créer des pièces d'affinages permettant de séparer les phases de séchage et d'affinage, ce qui fait que nous sommes aussi en plein travaux d'agrandissement et de réaménagement de la fromagerie. On est bien loin des 35 heures hebdomadaires ! »

En vertu de l'autorisation de vente directe à la ferme (avec dispense d'agrément communautaire), les producteurs sont tenus de vendre au moins 70 % de leur production à la ferme, les 30 % restants pouvant être vendus à des détaillants et restaurateurs alentours. Les clients, d'ailleurs, ne s'y trompent pas. Afin d'assurer un travail efficace, il a fallu mettre en place des heures d'ouverture à la clientèle ; la vente en direct de la ferme se fait de 8 heures à midi et de 15 heures à 19 heures. On peut passer commande même par e-mail.

Les Huchet regardent fièrement leurs picodons prêts à partir, des palets deux fois plus gros que le minimum requis : « Les gens viennent de loin parce que la renommée de nos fromages a franchi les limites du département. La qualité ne trompe pas ! »

Philippe ANDRÉ ¢

 

© 2004 PhA